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24/09/2020
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Le complot imaginaire de la Présidence algérienne

La présidence algérienne a annoncé la tenue d’une réunion urgente du haut conseil de sécurité le lundi 3 Août 2020. Le pouvoir est plus fragile que jamais

L’exigence de la réunion est justifiée par la gestion chaotique de la crise sanitaire, le manque de liquidité au sein des établissements postales et bancaires, dont les retraités sont les premières victimes. La flambée des prix des produits nécessiteux, les coupures d’eaux et d’électricités dans certains quartier d’Alger, durant les deux jours de l’Aid. Il faut ajouter à ce chapelet de dysfonctionnement des appareils de l’Etat, les feux de forêts enclenchés dans l’Est du pays.

Sur la page Facebook de la présidence, on peut lire que le président Tebboune a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête pour élucider ces entorses dont les populations touchées commencent à le faire exprimer.

En dépit de ses interventions successives pour des interviews avec la presse local, Tebboune s’est montré rassurant, « la situation est sous contrôle » mais la population sait à quoi s’en tenir. Le rapport de confiance entre gouvernant et gouverné est depuis longtemps déficitaire. Pire, lors du dernier conseil des ministres, Tebboune évoque « des opérations orchestrées par des criminelles qui ont fait sortir des corps des morts de Covid19 des hôpitaux et les laisser jonchés au sol, vider les appareils d’oxygènes, dont le seul but est de semer le doute des capacités de l’Etat dans la gestion de la crise et introduire le pessimisme au sein du corps médical ». Les coupables ne sont jamais désignés, l’usage de l’article indéfini dans le discours officiel est une antienne récurrente. Le locataire d’El Mouradia est-il vraiment bien informé par ses services ?

Le complot imaginaire et l’ennemi invisible

Il est vrai que des vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des scènes intolérables de cadavres, victimes du Covid19 abandonnés à leur sort dans les établissements publics. Le manque d’approvisionnement en eaux dans certaines villes du centre, l’apparition des usuriers dans la crise du manque de liquidité est une démonstration de l’échec total et l’absence du fonctionnement des appareils de l’Etat. Concernant les feux des forêts, les populations avec la sécurité civiles affrontent seules les flammes dans un contexte caniculaire infernal. Alors qu’auparavant, l’ANP a toujours marqué sa présence pour prêter main forte.

Face à la débâcle, le discours officiel invoque un « complot » ourdi orchestré par des « éléments » visant à salir l’autorité et l’Etat, dit-on. « Les investigations sécuritaires vont démasquer ces comploteurs. » promet la présidence. Dans toutes les crises qu’a traversé le pays, l’ennemi invisible est une obsession permanente. Or la réalité est ailleurs.

Le complot se vêtit du discours alarmiste et de la peur mais que la réalité a toujours réussi à le déshabiller. Tebboune doit se référer au principe que dans de telle situation il n’y a pas de conspirateurs mais toujours des perdants. Les coupures d’électricité en période estivale sont liées à la surconsommation, et au réseau vétuste dans certaines grandes villes. Le manque d’énergie fut annoncé avec des chiffres officiels par les responsables de la Sonelgaz.

L’approvisionnement en eaux potables est un problème récurrent. En dépit d’un taux de remplissage satisfaisant, le barrage de Takesbet, peine à alimenter les villes du centre du pays. Là, aussi, 20 à 25 % de l’eau se perd à cause d’un réseau mal entretenu, dont une partie d’Alger a bien fait son temps. L’exécutif patauge dans un marécage, justifiant la panne survenue à la station de Fouka Marine du traitement de l’eau de mer comme cause du manque d’alimentation en eau potable. La réalité est que la situation est généralisée. Elle vient contredire le discours officiel.

Des régions ayant eu des pluies abondantes cet hivers se trouvent déficitaires en eaux, telles que Jijel, Constantine, Annaba. Au lieu de chercher des solutions, le pouvoir voit le complot avec sa horde invisible comme allié dans la gestion de la faillite.

Au manque de liquidités, le ministre concerné réfute l’argument mais ne conteste pas les attroupements des vieux retraités devant les bureaux de postes. Sa seule réaction est l’ouverture d’une enquête. Or, pas besoin de prendre l’avis d’un expert en finance pour dire qu’Ouyahya a fait fonctionner la planche à billet jusqu’à saturation.

Le fond du problème est que les algériens ne font plus confiance aux banques qui fonctionnent de manière très archaïque. Aucune réforme réelle répondant aux besoins des usagers n’a été entreprise ces trente dernières années. Les riches préfèrent garder des sommes faramineuses chez soi que de recourir aux services des banques avec les pratiques de leur bureaucratie avilissante. Seuls les fonctionnaires et les retraités en font les frais aux fins des mois difficiles.

Le ralliement de certains éléments du DRS au pouvoir recomposé après le 12 12 n’a pas contribué à la stabilisation du système. Certains observateurs infèrent une stratégie de pourrissement sciemment orchestrée afin de provoquer une réaction populaire de grande ampleur. Ce « Chaos constructif » permettra au pouvoir d’instaurer un état d’exception poussant les « hirakistes » dans une salle d’attente prolongée. Il est vrai que le système appréhende la fin de la crise sanitaire dont il souhaite une maîtrise contrôlée. Le retour progressif des anciens du DRS au sein des sérails du système n’augure pas pour le pays un avenir apaisant.

L’Algérie se dirige vers des voies contingentes dont l’issu ne peut être qu’incertain. Au lieu de prendre le taureau à bras le corps et résoudre les problèmes par la voie de la sincérité, Tebboune fera mieux de dire la vérité aux algériens. Se justifier par l’existence de complot ou d’ennemis invisible, à l’heure de l’information numérique, est une manifestation d’échec patent. Le monde est connecté, il préfère voir et ne pas écouter.

Le locataire d’El Mouradia fera mieux de s’inspirer de la maxime qui dit que : « Le courage en politique est de chercher la vérité et de la dire ». Hélas, personne n’est Jaurès qui peut.

Une chronique de Mohand Tamgout

M.A

photo ACMRCI

OUAZZANI Chahdi
Author: OUAZZANI Chahdi

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