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4 décembre 2022
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AFFAIBLI PAR L’EUROPÉANISATION DE SA CRISE AVEC MADRID, ALGER RENONCE À REVOIR SON ACCORD D’ASSOCIATION AVEC L’UE

Le régime algérien ne sait pas comment se dépêtrer du bourbier dans lequel il s’est mis tout seul. Pour sauver la face suite à son rétropédalage relatif à des sanction commerciale envers l’Espagne, il n’a trouvé d’autre échappatoire que de se renier et d’insinuer un «parti pris» de l’Espagnol Josep Borrell, tout en désavouant Tebboune.
Dans un communiqué rendu public hier, samedi 11 juin, le ministère algérien des Affaires étrangères a réagi à la mise en garde adressée à l’Algérie par l’Union européenne la veille, vendredi, suite à l’escalade avec l’Espagne, qui lui a valu des menaces de rétorsions de la part de Bruxelles.
Dans le fond, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères reprend les mêmes éléments de langage que celui diffusé un jour plus tôt par l’ambassadeur d’Algérie auprès de l’UE, et revenant sur les dernières mesures prises, mercredi et jeudi dernier, par l’Algérie à l’encontre de l’Espagne pour la sanctionner de son soutien, sans équivoque, au plan marocain d’autonomie au Sahara.
Face à la colère de l’Union européenne, l’ambassadeur algérien à Bruxelles a donc été chargé d’endosser, en lieu et place du régime algérien, le rétropédalage vis-à-vis de l’escalade avec l’Espagne. Tout en entérinant cette marche arrière, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères essaie d’y mettre des formes afin d’atténuer l’humiliation que vient de lui faire subir l’Union européenne.
Ce communiqué précise ainsi que «l’Algérie déplore et rejette les déclarations hâtives et infondées faites hier (vendredi 10 mai, Ndlr) au nom de l’Union Européenne à la suite de la décision souveraine prise par l’Algérie de suspendre le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération la liant à l’Espagne».
Les déclarations «hâtives et infondées» auxquelles fait allusion le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères sont celles faites conjointement, vendredi dernier, par le Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, et le vice-président de la Commission en charge du Commerce, Valdis Dombrovskis.
Ces deux responsables européens ont qualifié d’«extrêmement préoccupante» la décision des autorités algériennes de suspendre le traité de coopération et de bon voisinage qui les lie à l’Espagne depuis 20 ans. Mais c’est surtout la décision de geler les importations-exportations depuis et vers l’Espagne, prise le 9 mai, qui a le plus irrité l’Union européenne.
Pour le ministère algérien des Affaires étrangères, le traité algéro-espagnol n’a pas été réellement suspendu, mais a seulement fait l’objet d’une «mesure conservatoire», pour signifier que sa suspension n’a aucun effet sur les relations entre les deux pays. Derrière ces contorsions sémantiques, dont le régime algérien a le secret, se cache un revirement de position, que le ministère algérien des Affaires étrangères camoufle par ces termes: «le gouvernement algérien a pris soin de préciser publiquement la portée de la mesure conservatoire qu’il a été amené à prendre pour préserver des intérêts suprêmes, d’ordre moral et stratégique, du pays face à des actes attentatoires à l’objet et à la finalité du traité».
La diplomatie algérienne fait également machine arrière en démentant que l’Algérie ait pris des sanctions commerciales contre l’Espagne. «D’évidence, la prétendue suspension des relations commerciales et d’investissement avec l’Espagne, étalée dans lesdites déclarations officielles européennes, y est précipitamment invoquée sans aucun fondement», lit-on dans ce communiqué.
Pourtant, le jeudi 9 mai, l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) d’Algérie avait bel et bien annoncé le gel immédiat des domiciliations bancaires des importations et des exportations depuis et vers l’Espagne, en prenant bien soin d’ajouter que cette décision intervenait en application de la suspension par le président algérien du traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne. Or, l’ABEF ne peut prendre une telle décision aux implications économiques majeures sans en avoir préalablement reçu l’ordre des hautes autorités du pays.
Ce qui n’a pas empêché le ministère algérien des Affaires étrangères d’accuser Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne, de brandir cette décision de l’ABEF afin d’instrumentaliser l’UE au profit de son pays, l’Espagne, où il est toujours membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE -au pouvoir).
Pour le ministère algérien des Affaires étrangères, «cette intrusion malencontreuse est le fait d’une personnalité manifestement commise à l’amplification des thèses de sa diplomatie nationale au détriment de la préservation des intérêts bien compris de l’Union Européenne…». De plus, précise la diplomatie algérienne, «la précipitation et le parti-pris de ces déclarations (de Borrell, Ndlr) mettent en évidence le caractère inapproprié de leur contenu, s’agissant d’un désaccord politique avec un pays européen de nature bilatérale n’ayant aucune incidence sur les engagements de l’Algérie à l’égard de l’Union Européenne et ne nécessitant par voie de conséquence nullement le déclenchement d’une quelconque consultation européenne aux fins de réaction collective».
Mais au-delà du chemin tortueux qui a laborieusement été emprunté pour tenter d’atténuer l’humiliation de ce régime, qui bat visiblement en retraite, le communiqué du département que dirige l’inénarrable Ramtane Lamamra contient deux informations majeures. D’abord, et alors que dans le communiqué de la présidence algérienne de mercredi dernier, intervenu après une réunion du Haut conseil de sécurité, la décision de suspendre le traité avec l’Espagne a été justifiée par la position de celle-ci sur le Sahara, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères n’a, à aucun moment, cité le dossier du Sahara.
D’autre part, en se pliant en quatre devant l’Union Européenne, le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères précise que «l’Algérie, qui a toujours tenu ses engagements dans le cadre de son Accord d’Association avec l’Union Européenne, s’attache légitimement à promouvoir tous les volets pertinents de ce cadre, dans la transparence». Et ce, «en dépit du caractère asymétrique de la structure des échanges commerciaux entre les deux parties et des déséquilibres empêchant le développement d’un partenariat économique mutuellement avantageux».
Il s’agit là d’un autre tacle au président algérien, qui a toujours dénoncé le caractère déséquilibré de l’accord d’association Algérie-UE, tout en exigeant sa refonte totale. Ainsi, lors du Conseil des ministres du dimanche 31 octobre 2021, Tebboune a demandé au gouvernement «de revoir les dispositions de l’accord d’association avec l’Union Européenne (UE), clause par clause, en fonction d’une vision souveraine et d’une approche gagnant-gagnant, en tenant compte de l’intérêt du produit national en vue de créer un tissu industriel et des emplois», avait annoncé à l’époque un  communiqué de la présidence algérienne.
Quelques semaines plus tard, il déclarait à la presse, selon des propos rapportés le 26 novembre 2021 par l’APS: «je pense que l’accord d’association avec l’UE est le résultat d’une faiblesse de l’Etat algérien», vis-à-vis de l’UE, s’entend.
En affirmant que l’Algérie respectera ses engagements dans le cadre de son Accord d’Association avec l’Union Européenne, le ministère algérien des Affaires étrangères semble vouloir enterrer les déclarations de Tebboune de reconsidérer les clauses contractuelles de son pays avec L’UE. C’est là une autre palinodie d’un régime algérien, qui navigue visiblement à vue.

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