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17 mars 2026
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Leila Benali : « Le coût de l’énergie est la clé de la souveraineté économique »

Dans un monde énergétique traversé par les rivalités de puissance, la fragmentation des marchés et l’accélération de la transition climatique, l’énergie est redevenue un instrument central de souveraineté et d’influence. Pour le Maroc, situé à la jonction stratégique de l’Europe et de l’Afrique, la question énergétique dépasse désormais la seule sécurité d’approvisionnement ; elle s’inscrit au cœur d’une diplomatie économique ambitieuse, visant à positionner le Royaume comme un hub régional de l’énergie propre et un partenaire incontournable dans la recomposition des chaînes de valeur industrielles bas carbone.
À la tête du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, Mme Leila Benali pilote cette mutation  dans un contexte mondial marqué par l’instabilité des prix, les tensions géopolitiques et la compétition  technologique autour des énergies propres. Dans cet entretien, la ministre expose la stratégie énergétique du Maroc pour la prochaine décennie, où une variable domine toutes les autres : le coût de l’énergie, condition première de la souveraineté économique et de la compétitivité industrielle.
Portée par la vision stratégique lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en 2009, la stratégie nationale s’accélère aujourd’hui avec une montée en puissance sans précédent des énergies renouvelables, qui représentent déjà 46 % de la capacité électrique installée. À l’horizon 2030, le plan d’investissement électrique prévoit 15,6 GW de capacités supplémentaires, dont près de 80 % d’origine renouvelable, soutenus par un effort massif dans les réseaux électriques, les interconnexions régionales et les solutions de stockage. Le but est de transformer l’avantage naturel du Royaume en avantage économique et industriel durable.
Mais derrière l’image d’une « puissance verte », la véritable bataille se joue ailleurs ; dans les infrastructures de transport de l’électricité, la gouvernance du marché, la modernisation du réseau et la capacité à intégrer les nouvelles demandes  énergétiques liées à l’industrialisation, aux data centers ou encore au dessalement de l’eau de mer. C’est sur ces leviers, moins visibles mais décisifs, que se construit la prochaine étape de la transition énergétique marocaine.
De l’essor de l’hydrogène vert à la sécurisation des approvisionnements gaziers, en passant par le nexus stratégique entre eau, énergie et industrie, Mme Leila Benali décrypte les arbitrages économiques, technologiques et diplomatiques qui structureront la trajectoire énergétique du Royaume. Une conversation dense qui éclaire la manière dont le Maroc entend transformer la transition énergétique en levier de puissance, d’intégration régionale et de souveraineté économique dans le nouvel ordre énergétique mondial.
  • Maroc Diplomatique : Quelle est, en une phrase, la stratégie énergétique du Maroc pour les dix prochaines   années: sécurité d’approvisionnement, coût, décarbonation… ? Quel est l’ordre des priorités lorsqu’elles se contredisent ?
– Mme Leila Benali : Je vais faire mieux. En un mot, le coût. Tout découle de là, qu’il s’agisse de la souveraineté, de l’efficacité, de la décarbonation ou de la durabilité. Mais si je devais formuler notre doctrine en une phrase, elle repose sur une transition progressive et maîtrisée vers un modèle bas carbone, fondé sur le développement massif des énergies renouvelables, la flexibilité du système, l’optimisation des choix technologiques, ainsi que sur l’intégration régionale et les économies d’échelle, afin de garantir durablement la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité.
Sa Majesté le Roi, Que Dieu L’Assiste, avait lancé en 2009 une stratégie énergétique nationale ambitieuse, fondée sur le déploiement des énergies renouvelables, la promotion de l’efficacité énergétique et le renforcement de l’intégration régionale, pour réduire la dépendance énergétique, maîtriser les coûts et généraliser l’accès à une énergie compétitive. Aujourd’hui, la volatilité des marchés et les incertitudes technologiques et géopolitiques nous démontrent que cette vision est plus que d’actualité, c’est le socle de notre orientation vers un modèle progressivement décarboné, conciliant souveraineté énergétique, compétitivité économique et responsabilité climatique.
S’agissant de l’ordre des priorités, il n’existe pas de contradiction structurelle dans le cas du Maroc. La sécurité d’approvisionnement, la compétitivité des coûts et la décarbonation ne sont pas des objectifs antagonistes, comme cela pourrait être le cas dans d’autres pays, mais comme des piliers complémentaires d’une même trajectoire. C’est dans cet esprit que nous avons inscrit notre planification énergétique dans une approche intégrée et anticipative.
Aujourd’hui, grâce à la mise en œuvre de cette stratégie, sous la Vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, le Maroc a porté la part des énergies renouvelables à 46 % d’une capacité électrique installée de 12,2 GW, traduisant des avancées concrètes vers un modèle bas carbone et souverain. Dans cette continuité, le plan d’investissement électrique 2025-2030 prévoit la réalisation de 15,6 GW additionnels, dont environ 80 % à partir de sources renouvelables. Le reste repose sur le gaz naturel, énergie de transition à plus faible intensité carbone, ainsi que sur des investissements massifs dans les réseaux. Ce plan permettra de dépasser l’objectif de 52 % d’énergies renouvelables avant 2030. Notre pays a augmenté la part des énergies renouvelables de 9 % au cours des quatre dernières années.
Afin d’accompagner cette dynamique, nous multiplions par quatre les investissements annuels dans les énergies renouvelables par rapport à la moyenne actuelle et renforçons les réseaux de transport et de distribution électriques, avec des investissements multipliés par cinq, afin d’accueillir cette montée en puissance.
  • Les Marocains vivent la transition à travers leur facture. Qu’est-ce qui, aujourd’hui, explique le plus le coût de l’énergie : importations, logistique, régulation, production, subventions implicites ? Quel levier peut baisser durablement la facture, et lequel est un mythe politique ?
– Là encore, j’entends parfois ce mythe importé selon lequel la transition énergétique ferait mécaniquement augmenter les prix. Or, les prix de l’énergie au Maroc sont restés stables en valeur nominale. La tarification nationale en vigueur a été publiée par l’arrêté n° 2451.14 du 21 juillet 2014, et la dernière révision du régime tarifaire remonte à janvier 2017.
Si la dépendance aux importations d’énergies fossiles et l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux constituent des déterminants importants, une part significative du prix de l’énergie demeure toutefois tributaire de la réforme et de l’amélioration de la gouvernance du secteur. C’est d’ailleurs l’essence de notre mission depuis octobre 2021, réaffirmée suite à la réunion présidée par Sa Majesté, Que Dieu l’Assiste, en novembre 2022.
Prenons l’exemple de l’électricité, et le même raisonnement peut être appliqué aux autres produits énergétiques. Si le kWh est vendu à 100 centimes, le coût de revient réel pour l’ONEE est de 120 centimes. Les 20 centimes d’écart correspondent à une subvention de l’État. Aujourd’hui, le coût de production de l’électricité renouvelable se situe aux alentours de 30 à 40 centimes. L’écart entre 40 et 120 intègre de nombreux éléments, notamment les infrastructures des réseaux électriques, qu’il s’agisse du transport ou de la distribution, mais aussi une part non négligeable d’inefficience ou de gouvernance non optimale. Comme je l’avais expliqué au Parlement en 2022, il s’agit également du coût de la non-réforme.
Les deux textes introduits en 2023 (loi 40-19 sur les renouvelables et loi 82-21 sur l’autoproduction) ont apporté plusieurs innovations pour justement accélérer ces réformes. Grâce à ces avancées réglementaires, l’ANRE a l’obligation de publier la capacité d’accueil du système électrique avant le 31 janvier de chaque année. Le régulateur communique également chaque année sur les tarifs d’utilisation du réseau de transport, du réseau de distribution, ainsi que le tarif de l’excédent (dans le cadre de l’autoproduction).
  • Le Maroc est souvent présenté  comme une puissance verte, mais l’intégration des renouvelables dépend des réseaux, du stockage, de la flexibilité. Où est aujourd’hui le vrai goulot d’étranglement ? Si vous aviez un budget prioritaire, vous le mettriez sur lignes HT, stockage, interconnexions, ou régulation du marché ?
– Le Maroc a accompli de réels progrès dans le développement des énergies renouvelables et se positionne aujourd’hui comme une puissance verte régionale, avec un objectif ambitieux de plus de 12 GW de capacités renouvelables additionnelles d’ici 2030, soit plus de 52 % de la puissance installée nationale.
L’enjeu actuel réside dans l’optimisation du système électrique afin d’accompagner efficacement cette montée en puissance. Il s’agit d’adapter les infrastructures et les mécanismes de marché pour garantir une intégration fluide, stable et performante des nouvelles capacités, tout en tenant compte de l’évolution de la demande, dont la nature change (climatisation, changement climatique, IA, datacenters, etc.).
Si je devais prioriser un budget, il serait consacré au renforcement et à la modernisation des infrastructures de transport, avec le recours aux nouvelles technologies d’intelligence artificielle prédictive afin d’anticiper l’évolution des conditions d’exploitation, les nouveaux raccordements et les nouvelles demandes. Il intégrerait également le développement du stockage et des solutions de flexibilité, afin de fluidifier les échanges et d’assurer une meilleure répartition des flux à l’échelle nationale.
Nous parvenons progressivement à convaincre l’Europe que sa sécurité énergétique passe par les corridors verticaux, pour reprendre l’expression du ministre ukrainien de l’Énergie, et donc par l’Afrique et par le Maroc.
  • On inaugure des centrales, rarement des réseaux. Quel est l’état réel de préparation du réseau marocain pour absorber davantage de solaire/éolien sans pertes ni délestages ? Quelles décisions concrètes prendre sur 2 ans pour éviter que le réseau devienne le frein numéro un ?
– Vous soulevez un enjeu stratégique, au cœur de nos priorités depuis 2022. Le Maroc, comme d’autres pays, a sous-investi dans ses réseaux depuis 2008. Nous avons donc lancé un programme ambitieux de renforcement et d’extension du réseau de transport, doté d’un budget de 27 milliards de dirhams sur la période 2025–2030, soit 10 fois supérieur à ce qui était initialement prévu. Ce plan structurant s’appuie sur plusieurs axes :
Construction de nouveaux postes électriques et augmentation des capacités de transformation pour accompagner la croissance de la demande et des raccordements renouvelables ; renforcement des grands axes de transport afin d’optimiser l’acheminement de l’électricité depuis les zones à fort potentiel solaire et éolien vers les pôles urbains et industriels ; déploiement progressif de solutions de stockage et de flexibilité (batteries, stations de pompage, services système) pour valoriser la variabilité des productions renouvelables ; renforcement des interconnexions avec les pays voisins, Espagne, Mauritanie et Portugal, France pour sécuriser le réseau et faciliter l’échange d’énergie ; et mise en œuvre en PPP de projets structurants en HVDC pour transporter efficacement l’énergie du sud vers le centre du pays, marquant une évolution majeure pour le réseau marocain.
En parallèle, la modernisation du pilotage du réseau, notamment par la digitalisation et l’amélioration des outils de conduite, permet d’optimiser l’exploitation en temps réel, de renforcer la sécurité et de limiter les pertes.
  • Beaucoup de pays « annoncent » l’hydrogène. Quelle est votre ligne rouge pour éviter l’effet vitrine : prix cible, volumes contractés, industriels engagés, eau disponible, infrastructure ? À quelle échéance le Maroc aura, selon vous, un premier modèle économique rentable, pas un pilote ?
– Le Souverain a donné Ses Hautes Instructions en vue de l’élaboration d’une « Offre Maroc » opérationnelle et incitative pour le développement de la filière de l’hydrogène vert, en mobilisant la position privilégiée du Royaume, la richesse et la diversité de ses ressources naturelles, sa situation géographique stratégique ainsi que ses infrastructures aux standards internationaux.
L’Offre Maroc constitue en elle-même une innovation en matière de gouvernance. Elle repose sur une démarche transparente et pragmatique offrant une visibilité complète aux investisseurs. Elle s’adresse aux investisseurs ou consortiums souhaitant développer des projets industriels de production d’hydrogène vert et de ses dérivés. Elle couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis la génération d’électricité à partir d’énergies renouvelables et l’électrolyse jusqu’à la transformation en produits tels que l’ammoniac et le méthanol, ainsi que la logistique associée.
L’État a identifié un million d’hectares de foncier public pour cette production, dont 300.000 hectares mobilisables dans une première phase, répartis en lots de 10 000 à 30 000 hectares. Les contrats de réservation du foncier sont établis pour une durée de six mois. Afin de renforcer la compétitivité, le Maroc favorise la mutualisation des infrastructures, notamment les ports, les réseaux d’hydrogénoducs, les stations de dessalement, les cavités de stockage et les zones industrielles.
Le Royaume a procédé à la présélection d’un premier lot de six regroupements d’investisseurs nationaux et internationaux pour le développement de sept projets d’hydrogène vert couvrant les trois régions des provinces du Sud.
Le Maroc a fait preuve d’innovation dans son processus de sélection, en mettant en place un cadre structuré d’accompagnement des investisseurs et des acteurs industriels, à savoir : Un cadre de gouvernance clair, composé d’un comité de pilotage, d’un comité d’investissement, d’un point focal pour la coordination des offres des investisseurs dans ce domaine, ainsi que d’autres comités techniques (Sous-Comité technique des infrastructures, Comité de Suivi des Contrats de Réservation des Fonciers). La diversification des risques, en ciblant plusieurs secteurs pour minimiser les risques de marché, tels que l’industrie, la production d’électricité, les carburants pour le transport et la chaîne de valeur des minéraux, ainsi qu’en réduisant les risques technologiques et industriels par l’implication d’investisseurs de plusieurs pays. Une approche progressive du développement de ce secteur émergent, en s’appuyant sur les expériences des phases précédentes et en conservant la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux évolutions du secteur, en particulier aux dynamiques technologiques, législatives, réglementaires et de marché ; et l’accélération du processus de finalisation et de suivi des contrats de réservation de foncier nécessaires afin de permettre aux investisseurs d’achever les études pour le développement de leurs projets.
L’une des premières applications de l’hydrogène vert concerne l’industrie chimique, et plus particulièrement la production d’ammoniac vert, composant essentiel à la fabrication d’engrais azotés, en cohérence avec le programme d’investissement de l’OCP et son objectif de production de trois millions de tonnes d’ammoniac vert à l’horizon 2032.
  • L’hydrogène vert, le dessalement, l’industrie verte … tout consomme eau et énergie. Comment votre ministère intègre-t-il le stress hydrique dans les choix énergétiques ? Quel est votre principe : « pas de projet sans eau » ou « l’énergie crée l’eau via dessalement » ? Et quel est le coût réel de ce choix ?
– Le développement consomme de l’énergie. Dans sa planification énergétique nationale, le Maroc adopte une approche intégrée du « nexus eau-énergie », qui reconnaît que les décisions prises dans un secteur ont des effets directs sur l’autre. Cette planification est actualisée chaque année afin de tenir compte des évolutions et des mutations que connaissent ces deux secteurs.
S’agissant du dessalement, nous accompagnons le déploiement de nouvelles capacités afin de répondre à la pression hydrique tout en maîtrisant l’empreinte énergétique. À l’horizon 2030, le Maroc prévoit de produire environ 1,7 milliard m³/an d’eau dessalée, avec l’objectif que l’ensemble des nouvelles installations soit alimenté par des énergies renouvelables. Cette orientation permet de répondre simultanément aux besoins en eau potable tout en réduisant la pression sur les ressources hydriques traditionnelles.
À la suite des Hautes Orientations Royales exprimées lors du Discours de la Fête du Trône 2024, appelant à accélérer la réalisation des projets d’énergies renouvelables destinés à l’alimentation électrique des unités de dessalement de l’eau de mer, le ministère a autorisé trois projets éoliens d’une capacité totale de 720 MW afin d’assurer l’approvisionnement des projets de dessalement à partir des énergies renouvelables.
Ce nexus est rendu possible grâce à la Vision clairvoyante et anticipative de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’Assiste, en matière de développement des énergies renouvelables, mettant à profit le potentiel considérable du Royaume dans la production d’énergie solaire et éolienne à des coûts compétitifs.
Le coût du kilowattheure représente 30% du coût du mètre cube pour une station conventionnelle et peut aller jusqu’à 70% pour une station de dessalement. Le Maroc peut donc compter sur sa compétitivité et sur son potentiel en énergies renouvelables pour baisser davantage le coût de production du mètre cube d’eau dessalée.
Dans cette perspective, l’intégration des stations de dessalement au sein des écosystèmes énergétiques locaux permettrait non seulement de valoriser les ressources renouvelables disponibles, mais aussi d’optimiser les coûts d’investissement en mutualisant les infrastructures.
  • Au Maroc, le vrai défi est  souvent l’exécution : délais, autorisations, foncier, raccordement, financement. Quel est le principal « mur administratif » que vous combattez ?
– Le MTEDD adopte une planification concertée et intégrée du développement des projets de production électrique, associant l’ensemble des porteurs de projets à savoir l’ONEE, MASEN et le secteur privé. Cette coordination vise à élaborer un plan d’équipement électrique pluriannuel réaliste, fondé sur une vision consolidée des projets programmés, avec un état d’avancement régulièrement actualisé.
Concernant les procédures d’octroi des autorisations dans le cadre des lois n° 40‑19 et n° 82‑21, elles respectent déjà les principes de la loi n° 55‑19 relative à la simplification des procédures et des formalités administratives, ainsi que l’arrêté relatif aux décisions liées à l’investissement, qui prévoit que celles-ci doivent être délivrées dans un délai ne dépassant pas un mois. Ces dispositions incluent également la réduction des délais de traitement des demandes relatives aux installations EnR.
Parallèlement, le MTEDD a instauré des mécanismes de suivi rigoureux et périodique de ces projets afin de veiller au respect du calendrier fixé dans le cadre du plan d’équipement électrique à l’horizon 2030.
Le foncier demeure toutefois un défi majeur pour la réalisation des projets électriques dans les délais prévus. La mobilisation des terrains implique souvent une multiplicité d’intervenants, des statuts juridiques variés (domaines publics ou privés de l’État, collectivités territoriales, terres collectives, foncier privé), ainsi que des procédures administratives longues et complexes. Dans ce contexte, le MTEDD joue un rôle d’accompagnement et de facilitation en instruisant les dossiers de mobilisation du foncier au profit des projets de production électrique, en coordonnant avec les autorités et administrations concernées et en veillant à la sécurisation juridique des assiettes foncières nécessaires au développement des projets.
Enfin, si l’on s’interroge sur le principal « mur administratif » que nous combattons, je dirais que, malgré l’ensemble des efforts susmentionnés, l’investissement dans le capital humain demeure le facteur central. À titre d’illustration, et dans le cadre du renforcement des compétences nationales dans les métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, les Instituts de Formation aux Métiers des Énergies Renouvelables et de l’Efficacité Énergétique (IFMEREE), implantés à Oujda, Tanger et Ouarzazate, contribuent à la formation de ressources humaines qualifiées dans les métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, tandis que l’IRESEN soutient la recherche appliquée, l’innovation technologique et le développement de solutions adaptées aux besoins du secteur.
Ces initiatives s’inscrivent parmi d’autres actions de formation et de renforcement des capacités mises en œuvre par le ministère au profit de l’ensemble des acteurs intervenant, de manière directe ou indirecte, dans la planification, le développement et la mise en œuvre des projets énergétiques.
  • Le gaz naturel était présenté comme un pilier de transition pour sécuriser l’approvisionnement et accompagner l’essor des renouvelables. La suspension du terminal de Nador West Med marque-t-elle une pause conjoncturelle liée aux coûts et aux marchés, ou une inflexion assumée de la doctrine énergétique du Maroc ? Dans ce nouveau schéma, quels instruments concrets garantissent, à court et moyen terme, la sécurité énergétique du Royaume sans exposer l’économie nationale à des chocs d’approvisionnement ou de prix ?
– Tout d’abord, il convient de se référer au communiqué publié par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, le 29 janvier 2026, concernant l’appel à concurrence du Terminal GNL et le réseau de gazoducs, qui précise que le ministère sursoit à la réception des dossiers de candidature et à l’ouverture des offres reçues. Il ne s’agit donc pas d’une suspension du terminal.  Ce sont des choses classiques dans le cadre de projets complexes, qui nécessitent quelquefois des réajustements techniques.
Cette décision ne doit pas être interprétée comme un simple effet conjoncturel lié aux coûts ou aux marchés. Elle s’inscrit plutôt dans un processus réfléchi d’ajustement aux nouveaux paramètres et hypothèses techniques du projet, ce qui nous permet de structurer efficacement les prochaines étapes opérationnelles et d’attirer des opérateurs qualifiés. Il est important de souligner que le développement du terminal gazier de Nador West Med et des gazoducs demeure une composante indispensable dans notre feuille de route gazière nationale. Ce projet conserve donc sa valeur stratégique, en tant que pilier de transition énergétique et élément clé pour sécuriser l’approvisionnement tout en accompagnant le déploiement des énergies renouvelables.
  • Dans un contexte énergétique mondial instable, votre ministère a fait le choix de réévaluer certains grands projets plutôt que de les engager à tout prix. Peut-on dire que cette approche traduit une gestion responsable, privilégiant la soutenabilité économique et la souveraineté énergétique de long terme ?
– Le ministère favorise une planification stratégique qui évalue chaque grand projet non seulement sur ses bénéfices immédiats, mais aussi sur sa viabilité technico-économique à long terme, sa contribution à la souveraineté énergétique nationale et son intégration harmonieuse dans le mix énergétique et environnemental.
À titre d’exemple, un projet initialement conçu comme un hybride combinant les technologies photovoltaïque (PV) et solaire concentrée (CSP) a été réorienté vers la technologie PV couplée à un système de stockage par batteries. Cette révision a été rendue possible grâce à la coordination entre le Ministère, l’ONEE et MASEN et s’explique par l’évolution des coûts et de la performance des technologies solaires au niveau mondial, permettant ainsi d’accélérer la réalisation du projet tout en optimisant sa rentabilité et sa contribution au mix énergétique national.
Cette approche proactive illustre comment le Maroc sécurise ses investissements, préserve sa souveraineté énergétique et soutient la transition énergétique de manière responsable et durable, tout en restant flexible face aux changements du contexte énergétique mondial.

Maroc diplomatique

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