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1 juillet 2022
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Nabyl Lakhdar : « Nous ne voulons plus revoir ces images de femmes «mulets» qui nous indignaient tous »

Qui l’eût cru ? Les affaires vont mal pour la contrebande dans le Nord du pays. Si les pouvoirs publics n’ont jamais vraiment eu les moyens d’affronter le phénomène, tel ne semble plus être le cas : le rapport de force à la frontière Sebta/Melilia a basculé. A la tête de la Douane depuis novembre 2017, Nabyl Lakhdar qui disait pourtant qu’il n’est pas venu pour révolutionner mais plutôt accélérer les projets déjà en place, a en tout cas réussi à stopper le fléau qui a pris racine dans l’économie, du moins du côté Nord du pays. 
Challenge : Les saisies de marchandises de contrebande ont baissé en valeur en 2021, selon la Douane, dans son rapport annuel. Ainsi, vos services ont saisi l’année dernière diverses marchandises dont la valeur est estimée à 152 millions de DH, contre 242 millions de DH en 2020. Comment expliquer cette baisse ?
Nabyl Lakhdar  : Je voudrais d’abord dire que l’importance des saisies de marchandises de contrebande est intimement liée à celle du flux de contrebande. En d’autres termes, plus il y a de contrebande, plus les saisies sont potentiellement importantes. Or, en 2020 et en 2021, nous avons collectivement marqué une évolution importante dans la lutte contre ce fléau suite à la fermeture des postes de Bab Sebta et Bab Mélilia. Et logiquement, suite à cette fermeture, les stocks de marchandises de contrebande se sont progressivement taris.
La baisse constatée en 2021 est de ce fait somme toute normale. Je dirais même plus que la baisse a été amorcée dès 2020, année au cours de laquelle les saisies n’ont représenté que 42% de celles réalisées en 2019. Aujourd’hui, c’est l’occasion de réaffirmer la vocation de ces deux postes comme lieux de passage des personnes et non pas de marchandises.
Enfin, pour être complet, il n’est pas inutile d’ajouter que la baisse des saisies s’explique aussi par le renforcement des contrôles douaniers, notamment à El Guergarate et par l’impact des interventions de nos brigades au niveau de certains magasins et dépôts clandestins.
Challenge : Est-ce cela qui explique la hausse record des recettes enregistrées par la Douane en 2021 ?
Les recettes douanières au titre de 2021 ont en effet affiché un montant record de 111,2 milliards de DH contre 91,3 milliards de DH en 2020 et 101,1 milliards de DH en 2019. Cette hausse s’explique principalement par 3 facteurs :
– L’augmentation de 24,5% des importations en 2021 par rapport à 2020, soit un surplus de 103,7 milliards de DH ;
– La hausse du droit d’importation de plusieurs biens de consommation ;
– Les efforts déployés par la Douane pour reconvertir les Ex acteurs de la contrebande des régions de l’Oriental et du Nord-ouest dans le secteur formel.
Selon nos analyses, ce seul dernier point a permis de collecter des recettes supplémentaires de l’ordre de 4 milliards de DH.
Challenge : Selon certains opérateurs économiques, plusieurs produits de contrebande ont disparu du marché marocain et que la lutte contre la contrebande a eu un impact positif sur leurs activités. Comment expliquez-vous cela ?
Je confirme. Plusieurs opérateurs ont partagé ce même constat avec nous. Je dois dire que ces retours sont pour nous une source de satisfaction et la preuve que nos actions de lutte contre la contrebande ont eu un impact positif sur l’activité des entreprises importatrices et même sur celle des producteurs nationaux dont les produits étaient fortement concurrencés par ceux de la contrebande. A titre d’exemple, l’arrêt de la contrebande du fromage dit « rouge » a permis de booster le chiffre d’affaires de certains importateurs de ce produit et en même temps les recettes douanières y afférentes.
Un autre produit «phare» de la contrebande qui est «la friperie» a vu ses importations encadrées. Quatre importantes unités spécialisées dans le tri de vêtements usagers ont vu le jour et emploient aujourd’hui plus de 2000 femmes qui s’adonnaient à la contrebande. Le tout dans le respect des règlementations fiscales et sociales (CNSS, Droits de douane, impôts locaux et d’Etat, …).
Challenge : Les postes frontières de Sebta et Melilia, fermées en fin 2019, viennent de rouvrir. Faut-il s’attendre à la reprise de la contrebande, tolérée jusqu’à l’automne 2019 ?
Je veux être très clair sur ce point : la contrebande qu’ont connue les deux présides avant l’été 2019 appartient à une époque révolue. Des instructions claires et strictes ont été données au service des douanes pour une tolérance zéro. La situation actuelle est le résultat d’un travail de longue haleine avec l’ensemble des parties prenantes. Nous commençons à en récolter les bénéfices sur les plans économiques et même social. Il serait suicidaire de revenir à une situation qui remettrait en cause tous ces acquis. Mais au-delà de tout, nous ne voulons plus revoir ces images de femmes « mulets » qui nous indignaient tous. Donc, non. Il n’y aura pas de reprise de la contrebande.

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